CE QU’IL FAUT SAVOIR SUR L’EDUCATION GUINÉENNE

PRESENTATION DE L’EDUCATION GUINENNE

L’éducation en Guinée est un des champs à fort enjeu dans cet immense projet de reconstruction de notre pays. Le modèle éducatif guinéen a changé en fonction des régimes, le changement le plus marquant reste tout de même du mode formation des élites à l’enseignement de masse. Une vulgarisation de la scolarisation pour la mettre à la portée de tous et ainsi réduire le taux d’analphabètes. Dans cet article nous ferons une présentation, de l’éducation guinéenne sur ses aspects extérieurs et intérieurs.

En 1996 la Guinée comptait l’éducation parmi les 4 secteurs prioritaires dans son document de stratégie pour le développement à travers son Programme Education Pour Tous (PEPT), l’objectif de ce programme étant de favoriser l’accès à l’enseignement primaire à tous les enfants avec un intérêt particulier pour la scolarisation de la jeune fille, à compter de cet instant jusqu’en 2012. Dans le cadre de ce projet, avec l’appui des bailleurs tels que la BAD, la BM, la coopération japonaise…environs 3500 salles de classes et 1000 latrines ont été construites. En plus des infrastructures, le rythme de formation de nouveaux instituteurs augmente dans les ENI de différentes villes dans le pays. A travers divers sous projets concernant le primaire, l’enseignement technique et professionnel, l’enseignement supérieur, au ministère de la petite enfance, de la gestion de l’employabilité des étudiants sortants…

Bref, après ce petit rappel qu’en est-il de l’éducation guinéenne de nos jours ? Nous sommes en 2019, et la moindre des choses que l’on peut affirmer est que notre système éducatif souffre de la défaillance de tout un mécanisme causé par tant d’éléments extérieurs qu’intérieurs.

UNE GESTION POLITIQUE DU PAYS UN PEU TROP INVASIVE 

De tous les régimes politiques qu’a connu la Guinée, aucun d’entre eux ne s’est inscrit dans une perspective d’évolution continuelle du système éducatif, chaque régime viens balayer ce que son prédécesseur a fait, afin de recommencer à zéro, et sur de nouvelles bases, ignorant les acquis de valeur déjà en place. Dans l’optique d’être reconnu comme étant le régime qui a su relever le niveau de l’éducation en Guinée, et par conséquent une volonté politique plus presente qu’une volonté d’éducation. On a notamment assisté à des tentatives de reformes avec des mesures contradictoires, un bras de fer du gouvernement avec les syndicats qu’ils soupçonnent être poussés par les opposants au pouvoir en place sur la question de la gestion éducative, les grèves multipliées du secteur éducatif qui sont devenus l’instrument des opposants et de l’autre côté le gouvernement qui se déresponsabilise en pointant du doigt le côté politique de la grève. On se souvient notamment que les grèves de 2017 ont été marquées par des arrestations au lieu de recourir aux négociations. On assiste donc à un affrontement politique dans un champs où l’élément le plus important est et restera : l’Education.

PROBLEME DE DIRECTION DE L’EDUCATION

L’éducation guinéenne souffre d’un manque de direction, le manque de direction n’est pas vu dans cet article comme étant un manque de gestion administratif (même si ce secteur est tout aussi défaillant). En effet il s’agit de donner une direction, un but, un « higher purpose » chez les anglophones. L’éducation doit être en soit un projet, une mission, un voyage vers un but, et tous les acteurs du milieu éducatif doivent se sentir comme faisant partie de cette mission, faire en sorte que chaque acte posé nous en rapproche de plus en plus. L’objectif quantitatif ­­de scolarisation est une très belle initiative en soi, ce qu’il faudrait avoir de plus ce sont des standards en termes de qualité de formation, ce qui est dommage vu le relâchement et le manque de standards, un peu comme si l’éducation n’était pas au cœur de la politique de gouvernance actuelle. Comme conséquence on remarque un système éducatif défaillant, les nominations aux postes clés se font par choix ethniques ou par des connexions arbitraires, ou encore par allégeance à une idéologie politique. Tout l’inverse d’une nomination par des principes méritocratiques.

LES PROGRAMMES D’ENSEIGNEMENTS

De toutes les situations alarmantes qui mettent en cause le système éducatif guinéen, la question du chômage massif des étudiants diplômés est l’une des plus pressantes. L’une des causes à ce phénomène est le décalage entre la formation donnée et les exigences du marché de l’emploi, un problème qui place les jeunes étudiants dans un souci de performance sur le terrain. Le système éducatif est fait de telle sorte que les choix de manuels scolaires est centralisé au Ministère de l’Education, du coup aucune participation des personnes qui sont sur le terrain dans un contact quotidien avec les élèves, c’est une ressource humaine non négligeable si ce n’est la plus importante qui est mise de côté. La qualité des programmes requiert une personnalisation des aspects qui appellent à la créativité, à la personnalisation en fonction des besoins, à une variété, aux suggestions qui peuvent changer en bien l’offre de formation proposée. Il est facilement constatable que depuis des décennies nous avons juste trois (3) filières pour le bac (SM, SE, SS), alors qu’il y a moyen de faire mieux en fonction des besoins, il peut y avoir des filières techniques, et littéraires en exclusivité. Et les sujets d’examen ne sont pas mieux, car dans les examens nationaux, les sujets n’ont aucun lien avec l’actualité socio politique guinéenne, par conséquent l’élève guinéen n’est pas amené à réfléchir sur la condition guinéenne, rendant précaire ses connaissances sur le milieu socioprofessionnel guinéen.  Sur le site Contrepoids on se rend compte que les secteurs publics et privés produisent des lauréats non employables élevé, d’où un taux de 60% des jeunes âgés de 15 à 24 ans qui sont économiquement inactifs ou au chômage.

La base du développement d’un pays passe forcément par l’éducation. Je suis de ceux qui pensent que notre éducation, c’est à nous de la façonner, en dehors de toute influence extérieure. Mais il est nécessaire de reconnaitre que depuis 1996 on a reçu une tonne d’aide de la part d’investisseurs extérieurs, environs 420 millions de dollars pour la durée de 1996 à 2005, et une somme d’une importance similaire depuis 2005 à nos jours, mais le secteur éducatif ne fait toujours pas mine d’avoir l’appui nécessaire surtout avec des statistiques de l’an 2004 où sur 27000 candidats, seulement 7000 ont accédé à l’enseignement supérieur, ou encore les pourcentages scandaleux des années 2018 (26,04% d’admis) et 2019 (20,52% d’admis) qui prouvent que la situation ne s’est pas vraiment améliorée, peut-être est-ce le temps pour nous d’arrêter de compter sur une aide extérieure pour travailler sur nous même ! Ces chiffres ahurissants prouvent que tant que l’Etat ne fera pas l’effort financier et administratif nécessaire et que la population rassemble ses ressources humaines, des centaines de millions de dollars en plus ne feront pas changer les choses. Le travail doit commencer en interne.

Crédits photo: Blog éducation pour tous

Rédigé par

Elhadj Ousmane Diallo

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