L’éducation en milieu rural, un calvaire sous silence

Depuis plusieurs décennies, plusieurs projets censés améliorer la qualité de l’éducation guinéenne ont vu le jour, ces projets ont favorisé la construction de plusieurs écoles, la mise en place des campagnes de sensibilisations pour promouvoir la scolarisation, permettant aux jeunes d’accéder aux cours et de se former et ce, malgré le rapport effectifs/salles de classes assez déséquilibré.

La question de scolarisation pose encore certains problèmes qui nécessitent d’être mis à vue de tous, un problème qui ne reflète pas que le manque d’investissement dans l’éducation. Si l’éducation dans le milieu urbain accapare une grande partie de l’opinion publique, je me pencherai sur celle en milieu rural dont on ne parle pas suffisamment. Comme il est mentionné plus haut, le calvaire que connait les élèves et instituteurs en milieu rural n’est pas que d’ordre pédagogique, il s’accentue sur des points comme :

Les conditions de vie précaires :

Les conditions de vie en milieu rural sont déplorables, déjà qu’on assiste à l’exode rural des jeunes qui rejoignent les grandes villes, un facteur qui diminue la main d’œuvre dans ces localités, laissant place à une population vieillissante, une population qui vit en dessous du seuil de pauvreté (encore plus que la population citadine), Un secteur agricole en sous-investissement. Bref les conditions sont assez difficiles pour permettre à la population de scolariser les enfants et de les suivre avec toute l’attention qu’il faut pour qu’ils entament une carrière scolaire avec une certaine tranquillité.

Un niveau de formation des adultes très bas :

Ce facteur est constatable à partir du taux d’achèvement du primaire qui est un indicateur de suivi prioritaire dans la politique sectorielle de l’éducation à travers le Programme Education Pour Tous (PEPT). L’ensemble de la formation du cursus primaire permet d’avoir certaines bases qui seront considérées comme acquises, mais la qualité des cours suivis, et les conditions d’études font que ces bases ne sont pas vraiment acquises. Selon les données de la Banque Mondiale : 67% des adultes de 22 ans à 44 ans dans les milieux ruraux ont fait le primaire mais ne s’en sortent toujours pas.

Des conditions d’enseignement déplorables :

Les instituteurs se retrouvent aussi dans une situation précaire, en manque de matériaux pour dispenser les cours de manière convenable. Ils se laissent aller en accusant le manque de matériel, une chose tout à fait pertinente à de nombreux égards. Les infrastructures sont en mauvais état, les matériaux sont soit manquants soit usés, et pour couronner le tout ils sont sous-payés. Beaucoup d’instituteurs refusent leurs affectations administratives à l’intérieur du pays ou dans des milieux ruraux pour cause de précarité, préférant rester dans la capitale et se débrouiller, même si cela implique la perte de leur travail. Ça en dit long sur la différence de conditions de travail entre les deux milieux.

Des inégalités spatiales :

Voici l’un des facteurs causant le plus de difficultés dans ce milieu, la base du problème n’étant pas éducatif mais géographique. En effet en Guinée, comme dans de nombreux pays, il y a des villages qui sont très reculés par rapport à la zone de forte densité. Ces villages sont pour la quasi-totalité enclavés, et donc pas de moyens de transport pour les relier entre eux. L’inégalité spatiale impacte fortement l’offre scolaire qui elle privilégie les zones à fortes densités. On assiste à un calvaire pour amener les parents à scolariser leurs enfants d’aussi loin. Dans la ville de Mali Yimbérin à la frontière de la Guinée et du Sénégal, des témoignages d’un groupe d’enfants rapportent qu’au village tous les enfants se regroupaient pour prendre la route de l’école la plus proche qui était à environs 10km de leur village, ces enfants marchent des heures pour atteindre l’école, quelquefois sous la pluie ou sous le vent avant d’atteindre le centre scolaire. Avec de tels efforts physiques, il devient pénible de se focaliser sur le cours. Heureusement il y a certaines écoles où le PAM (Programme Alimentaire Mondial) distribue de la nourriture aux heures de pause, permettant aux jeunes élèves de ne pas rester affamés durant toute la journée, une ration alimentaire qui ne suffit pas dans certains cas, certaines écoles ne bénéficient pas de cette aide alimentaire, rendant la situation encore plus compliquée pour les élèves et les parents d’élèves. On imagine la difficulté que peut représenter pour un ménage de se nourrir, mais en plus si la charge de la nourriture scolaire des enfants s’y ajoute, cela devient extrêmement compliqué, certains parents étant contraints à envoyer leurs enfants à l’école sans frais de nourriture.

L’éducation en milieu rural représente un sacrifice énorme, et c’est dommage qu’il ne se situe pas assez au centre des préoccupations. Souvent laissé de côté, les milieux scolaires ruraux doivent représenter un défi pour tout le pays. Pour cela une politique d’attraction des villes intérieures est pour le moins nécessaire, cela permettrait d’accroitre l’offre de scolarisation à des endroits stratégiques, ainsi qu’une politique de revitalisation des villes et sous-préfectures à l’intérieur du pays pour attirer plus de monde et faire grandir son intérêt aux yeux des instituteurs qui refusent d’y venir.

Crédit photo: Ida worldbank

Rédigé par:

Elhadj Ousmane Diallo

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